Mathieu Boogaerts et Zaf Zapha à l'Ubu

Mathieu Boogaerts et Zaf Zapha à l'Ubu

Ce premier trimestre 2011 est encore passé à toute allure, et ce blog sous perfusion n’arrive toujours pas à suivre. Ce n’est pas faute de m’intéresser toujours attentivement à l’actualité musicale (merci Google Reader, Facebook et Twitter) ou d’écouter de nouvelles choses intéressantes (sur Deezer, France Inter, Spotify, Taratata et autre Blogothèque), mais il faut bien avouer que compiler, trier et écrire régulièrement quelques lignes sur ce petit site mal fréquenté demande du temps et de l’énergie. Et j’ai rarement les deux en même temps. Bref. Alors quoi ? Quels sont ces sons sensass que je siffle et sussure sans cesse depuis trois mois ?

D’abord… d’abord y’a l’ainé… En janvier Dick Annegarn nous sort “Folk Talk”, album de reprises du folk/blues traditionnel américain. Des standards popularisés par Presley (“Fever”, “Love me tender”) jusqu’au “Georgia” de Ray Charles en passant par “Don’t think twice” de Dylan, le belge à la voix si reconnaissable s’est fait plaisir. Ce disque crée une passerelle entre ces racines musicales d’outre-Atlantique et l’univers décalé et très francophone de Annegarn.  Réussir ce pari ne paraissait pas si simple, et même s’il s’éloigne de la poésie des textes qu’on apprécie tant chez l’auteur, l’album de l’interprète est vraiment très bon.

Fin janvier changement de registre, la jeune chanteuse londonienne Adele débarque sur toutes les ondes avec “21” (comme 21 ans), deuxième album très attendu après le gros succès de “19”. Si je goûte en général très modérément les grosses machines commerciales bien huilées, il faut bien reconnaître l’évidence : qu’elle chante des mièvreries pop ou des reprises de Bob Dylan (tiens encore lui) comme “To Make You Feel My Love”, cette Adele possède une voix soul hors-norme. Et si au milieu d’un récent Taratata elle interprète un titre de Aretha Franklin (“Natural Woman”), ce n’est pas un hasard tant la filiation saute aux yeux. Avec un “21” plus sombre, peut-être plus blues que “19”, la nouvelle reine de la soul enfonce donc le clou, renvoie toutes les brailleuses des chorégraphies R’n’B à leurs chères études, et confirme tout le bien qu’on pensait d’elle.

Quelques jours plus tard, ce sont les Têtes Raides qui nous sortent “L’An Demain”. Alors que leurs derniers opus avaient retrouvé l’énergie rock de leurs débuts, “L’An Demain” nous arrive musicalement plus apaisé à l’image du magnifique duo avec Jeanne Moreau (“Emma”). Entre poésie et engagement, les textes servis par la voix de Christian Olivier visent toujours aussi juste (“Je Voudrais”, “Gérard”…). Du très bon Têtes Raides.

Après Dick Annegarn et les Têtes Raides, début mars le label Tôt Ou Tard sort “Je Suis Au Paradis”, nouvel album attendu de l’excellent Thomas Fersen. Assez fan de l’univers de Fersen depuis presque 20 ans (ouch ! je viens de vérifier la date de sortie du “Bal Des Oiseaux” dans Wikipédia… ça ne me rajeunit pas !), après les premières écoutes j’avoue que si je suis déjà séduit par les textes, je suis un peu déstabilisé par certains arrangements assez étonnants (choeurs etc). Mais j’ai totalement confiance, “Je Suis Au Paradis” fait sûrement partie de ses disques dont il faut s’imprégner petit à petit, pour qu’ils fassent leur chemin et qu’au final on ne puisse plus se passer d’eux.

Le même jour que la sortie du dernier Fersen, la belle chanteuse Ayo sortait de son côté “Billie-Eve”. Ayant trop vite écouté cet album à sa sortie, je me suis replongé dedans plus attentivement après le passage à Taratata de cette allemande au sourire rayonnant et à l’énergie communicative. Pour ce 3ème opus, Ayo délaisse un peu la guitare acoustique pour l’électrique, ce qui lui donne des airs plus directs et plus bruts, mais elle ne s’éloigne pas de ses inspirations reggae, soul et blues. Outre une très bonne reprise de “I Want You Back” des Jackson Five, les histoires que chantent Ayo sonnent souvent juste et mettent en avant la sincérité d’une artiste qui, loin du star system et des paillettes, semble creuser un sillon riche et singulier.

Le 16 mars, toute la journée je coupe le son. Ni disque, ni radio, ni MP3, ni ces petits airs anodins dans ma tête, je jêune, je boycotte les notes. Mes tympans, mes enclumes, mes marteaux, mon petit cerveau s’offrent une sonore virginité, pour mieux succomber le soir venu, pour le concert de Mathieu Boogaerts et Zaf Zapha, son bassiste. Dans la petite salle de l’Ubu, on écoute, on frissonne, on sourit et on se marre même souvent quand Mathieu nous parle, joue les timides, fait danser sa guitare sur une jambe en fermant les yeux, improvise au fil de l’eau les arrangements des morceaux avec son complice Zaf Zapha. Ce soir-là, c’est d’ailleurs un vrai duo, un vrai groupe qui scotche le public (trop ?) sage, et qui s’éclipse après le 3ème ou 4ème rappel. Une soirée unique. L’Ubu quoi. Boogaerts quoi. Top.

Et puis et puis, depuis fin mars, quelques petites choses entendues à droite à gauche :

- sur Deezer le joli EP de la chanteuse allemande Mariama à propos de laquelle, il y a un an sur ce blog, j’écrivais mon étonnement de ne pas entendre parler en France ;

- la découverte de la déjà très connue Irma, jeune artiste produite par “My Major Company” à qui l’on souhaite de ne pas gâcher ses talents certains ;

- le plaisir de revoir Bertignac en interview à Taratata même si son album ne m’emballe pas plus que ça ;

- mon étonnement devant la quasi-unanimité des critiques concernant le “Suppléments de mensonges” du torturé Thiéfaine qui pour ma part m’a laissé plutôt indifférent ;

- ma circonspection devant les incantations bab’ seventies façon Still, Crosby, Nash and Young du nouveau groupe Fistful of Mercy formé par Dhani Harrison, Ben Harper et Joseph Arthur ;

- l’excellente découverte des québecois d’Armistice au hasard de mes flâneries sur Deezer, et ma surprise en rédigeant ce billet, là-tout-de-suite-maintenant, d’apprendre que ce groupe est le nouveau projet de Béatrice Martin alias Coeur de Pirate !

- la vidéo “100% plaisir à l’état pur” de ce début d’année, toujours grâce aux désormais incontournables Soirées de Poche de la Blogothèque : JP Nataf & Mathieu Boogaerts, ensemble, en mini-session acoustique, pour mieux faire remonter les souvenirs du concert de JP il y a neuf mois à l’Opéra de Rennes et ceux de Mathieu à l’Ubu il y a un mois. Un régal ;

Et puis pour finir, il y a les sorties toutes récentes sur lesquelles je n’ai pas encore eu le temps de me pencher, et celles qui ne sauraient tarder à sortir :

- Mina Tindle, petite protégée de JP Nataf justement, dont j’ai vu quelques vidéos intéressantes sur le site du webzine Le Cargo ;

- Jerho dont j’ai seulement entendu le single qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux morceaux de l’album précédent ;

- le nouveau Brett Dennen “Lover boy” qui vient de sortir et qui m’inquiète un peu ;

- “Initiale” premier album de Raphaële Lannadère alias L qui sort chez Tôt Ou Tard, dont je ne connais rien mais qui m’intrigue (en écoute sur Deezer) ;

Et tant et tant d’autres choses à venir et à découvrir !

A dans 4 mois ! Au mieux !!! :-)

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